La grande lassitude des " maîtres de conf'", bloqués dans leur carrière
LES MAÎTRES de conférence de l'université ne cachent plus leur exaspération. " Le système de promotion, qui passe en droit par l'obtention du concours d'agrégation, ignore la réalité de l'investissement que certains mettent à exercer leur métier ", explique Frédéric Allaire. M. Allaire est l'un des 32 maîtres de conférence de la faculté de droit et de sciences politiques de Nantes, signataires en décembre 2007, d'une tribune publiée dans Libération. Ils y dénonçaient la gestion " désastreuse " des carrières universitaires. Sous le titre " Les facs en crise, leurs soutiers en colère", les signataires accusent un système de promotion qu'ils jugent profondément injuste. " Alors que les maîtres de conférence sont très largement majoritaires et prennent une part active dans la vie universitaire, la reconnaissance tant matérielle que symbolique revient en priorité aux professeurs, ont-ils écrit. Cette différence est d'autant moins acceptable que le passage du corps des maîtres de conférence à celui de professeurs est une voie tellement étroite qu'elle est pour une grande majorité, confisquée." M. Allaire précise : " Le seul moyen de passer prof est de réussir ce concours. Pas étonnant que certains mettent toute leur énergie à travailler à leur promotion, au lieu de s'investir dans des tâches d'enseignement ou d'encadrement qui ne rapportent rien. " Une grande partie de la grogne des jeunes maîtres de conférence reste confinée à l'université. Leur malaise engendre désengagement, peur de l'avenir et repli sur soi. " Il y a un vrai souci de carrière et de reconnaissance chez les maîtres de conférence ", reconnaît Jean-Pierre Finance, président de la Conférence des présidents d'universités (CPU). Pour ce responsable universitaire, ce désenchantement est une des explications au vote, parfois majoritaire, des maîtres de conférences, en faveur des listes opposées à la loi sur l'autonomie des universités ou au président en place, dans certains établissements. " Les maîtres de conférence n'ont pas le monopole de la frustration mais elle existe notamment chez ceux qui s'investissent ", estime Fabrice Tricou, enseignant en économie à l'université de Paris X Nanterre. " Au moins les profs qui le font, sont payés pour ça ", poursuit-il. Conscientes du problème, certaines universités, comme Paris VI, planchent actuellement sur la façon d'utiliser leur nouvelle autonomie en matière de ressources humaines, pour mieux valoriser les carrières. Elles attendent aussi beaucoup des propositions de la commission sur les personnels présidée par Rémi Schwartz, dont les conclusions sont attendues par la ministre de l'enseignement supérieur pour juin 2008.
C. Ro.
© Le Monde
mardi 6 mai 2008
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